Petite histoire de l’éducation à la sécurité routière en France

L’éducation au risque routier est une préoccupation ancienne.

L’histoire de l’éducation à la sécurité routière montre la volonté des pouvoirs publics et de la société dans leur recherche de solutions pour résoudre l’accidentalité routière. En novembre 2012, le gouvernement s’est fixé l’objectif de réduire à moins de 2000 décès sur la route en 2020...

Petite histoire de l’éducation à la sécurité routière

L’éducation à la sécurité routière est ancienne. On retrouve dans les services départementaux des archives et dans les musées spécialisés de l’éducation (Rouen, Saint Ouen l’Aumône) des affiches pédagogiques utilisées dans les écoles dès le début du 20ème siècle : des piétons ou des cyclistes, face à des troupeaux à la campagne ou en train de traverser la rue, les premières automobiles à éviter...

Durant les années 1930, ce sont davantage des affiches liées à des grandes marques qui ajoutent à leur communication publicitaire un rapide message de prévention.

AFFICHE DIDACTIQUE (WILQUIN) ECOLIERS, SOYEZ PRUDENTS EN TRAVERSANT LES RUES. (VERS 1935)

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A partir des années 1950

La documentation pédagogique augmente fortement à partir des années 1950 : affiches, jeux de plateaux avec figurines, panneaux et petites voitures, cartes à jouer, tampons, guides pédagogiques.

Avec le développement de la circulation automobile et de la mobilité des populations, l’éducation à la sécurité routière semble davantage entrer dans les petites classes.

Dès 1949, les sociétés d’assurances et les professions de l’Union routière de France décident alors de créer l’association Prévention Routière qui va éditer des guides pédagogiques (1952), distribuer des objets de prévention et commencer des actions de prévention (première piste d’éducation routière en 1953, concours scolaire en 1956) en collaboration avec la police et la gendarmerie. Avec l’Automobile Club de France, l’association Prévention Routière va faire pression sur les sénateurs puis sur le gouvernement pour intégrer l’enseignement du code de la route à l’école.

En 1957, la loi n° 57-831 énonce que « l’enseignement du code de la route est obligatoire et sera incorporé dans le programme des divers ordres d’enseignement ». En 1959, un arrêté fixe ce programme.

Des premiers concours associatifs sont organisés : tests cyclistes avec le Touring club, accompagnement de scolaires sur des parcours à la campagne. En 1956, un article de journal met en valeur une élève de 14 ans lors d’un concours de la Prévention Routière : elle gagne en finale une 4ch de la régie Renault.

PLANCHE DIDACTIQUE / TABLEAU MURAL. ANTAR A NE JAMAIS FAIRE.

L’éducation à la sécurité routière est alors orientée sur l’enseignement du code et donc la préparation à la conduite automobile. Les entreprises lancent aussi des brevets d’aptitude et des diplômes avec des axes de prévention et de publicité (Antar, Mobil) pour ces futurs conducteurs...

L’ENSEIGNEMENT DE LA SECURITE A L’ECOLE, PRINCIPES ET APPLICATIONS. (1964)

Dans les années 1960, les guides pédagogiques, mélanges de cours de code et de manuels de morale se multiplient. Les usagers sont distingués selon le cycle d’étude : le piéton, puis le cycliste et enfin pour la fin d’études les véhicules à moteur. Ces manuels proposent des exercices de mathématiques, des "maximes du jour" centrées souvent sur des interdits, des dictées ou l’étude de scènes de circulation dessinées. Un exemple de texte dicté : « Comme les agents, comme la police routière, les gendarmes surveillent la circulation. Leur travail est difficile et dangereux. Remercions-les par notre docilité ». Les prescriptions sont encore largement orientées sur l’étude du code de la route et des situations de conduite à la campagne.

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Les années 1970 et 1980 : des étapes progressives pour un enjeu colossal

Le 18 janvier 1977, l’attestation de sécurité routière est créée.

Durant les années 1970 et 1980, des concours scolaires se multiplient couronnés par l’obtention de "brevets".

L’association Prévention Routière édite des séries de diapositives à disposition des établissements pour l’organisation de ses concours à l’école et au collège. D’autres associations comme Prévention Maif ou les forces de l’ordre interviennent, notamment sur les pistes d’éducation routière.
Durant ces mêmes années la Sécurité routière s’organise d’une manière institutionnelle et interministérielle (Comité interministériel à la sécurité routière, Délégation à la sécurité et à la circulation routière) dans un contexte "d’hécatombe" sur les routes (plus de 18 000 morts sur les routes en 1972).

En 1987, les PDASR (plans départementaux d’actions de sécurité routière) sont mis en œuvre : les associations et les établissements scolaires peuvent demander des aides financières, humaines et matérielles pour mettre en œuvre des actions de prévention. Une note de service en 1989, insiste sur l’implication nécessaire des personnels d’inspection et de direction dans les actions menées en faveur de la sécurité routière.

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Le tournant des années 1990-2000

En 1994, une convention est signée entre l’État et les trois familles d’assurances (FFSA, GEMA et GROUPAMA) par laquelle les compagnies s’engagent pendant trois ans à dépenser 0,5 % du montant des primes d’assurances de responsabilité civile à des actions de prévention. Cet accord est à l’origine de l’accroissement du nombre de ressources pédagogiques produites.

Un décret (93-204) et un arrêté du 12 février 1993, publiés au journal officiel du 14 février 1993 définissent les Attestations Scolaires de Sécurité Routière (ASSR1 et ASSR2) au collège et rappellent le caractère obligatoire de cet enseignement. Les ASSR sont organisées dans les établissements à partir de vidéo cassettes projetées. La préparation étant souvent très limitée, le ministère de l’Éducation nationale édite des livrets pédagogiques pour aider les enseignants à préparer les élèves dans un cadre pluridisciplinaire. La préparation se limite souvent à quelques "révisions" par un ou deux professeurs.

En 1996, le Brevet de sécurité routière (BSR) est créé et sa possession est rendue obligatoire en 2002 pour la conduite de cyclomoteur.Pour obtenir ce BSR, il faut être titulaire de l’ASSR de premier niveau.

En 2002, l’ASSR2 devient obligatoire pour s’inscrire à l’épreuve théorique du permis de conduire pour les élèves nés après le 1er janvier 1988.

L’ASR est mise en place pour les élèves n’étant plus scolarisés et l’Attestation d’Education à la Route (AER) est créée pour attester d’une formation auprès des élèves déficients visuels.

Au niveau du premier degré, l’Attestation de Première Éducation à la Route (APER) est mise en place pour renforcer l’éducation à la sécurité routière en milieu scolaire en distinguant les trois périodes du développement et de la mobilité des enfants (3, 7 et 11 ans). L’APER valide l’acquisition de règles et de comportements liés à l’usage de la rue et de la route et la connaissance de leur justification.

L’APER, l’ASSR1 et l’ASSR2 sont intégrés en 2006 dans le socle commun de connaissances et de compétences.

Durant les années 1990 - 2000, l’Éducation à la sécurité routière est progressivement passée d’un enseignement axé sur le code de la route et la préparation au permis de conduire un véhicule à moteur à une éducation à un comportement responsable. L’enjeu citoyen du partage d’un espace et du choix de la mobilité s’est substitué ou s’est associé à la nécessité de former un conducteur.
C’est aussi dans les années 2000 (dès 2002) que la sécurité routière devient une "grande cause nationale" et que la semaine de la sécurité routière est créée. Cette semaine d’action de prévention est devenue progressivement la semaine de la mobilité et de la sécurité routière.
Depuis 2010, la sécurité routière est devenu un enjeu de santé mondial dont l’Organisation Mondial de la Santé s’est emparé (première cause mondiale de mortalité) : de 2011 à 2021 nous sommes entrés dans la décennie de la sécurité routière (ONU).

En 2010, le Comité interministériel à la sécurité routière (CISR) a demandé au ministère de l’Education nationale de lancer des expérimentations d’actions de sécurité routière dans les lycées. Appuyées par des associations nationales (Prévention Maif, Prévention Routière) ou simplement, dans le cadre des projets d’établissement et du comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté, les actions sont progressivement généralisées dans les lycées et les CFA où se trouvent les populations les plus concernées par la mortalité routière.

Fin novembre 2010, un site d’éducation à la sécurité routière regroupant les ressources et des exemples d’actions est lancé par le ministère de l’Éducation nationale. Les ASSR sont rénovées et un site de préparation permet aux enseignants et aux élèves de se préparer.

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